Introduction

carte (ou tract), Union des Jeunes Filles de France (UJFF), 1966
Carte (ou tract), Union des Jeunes Filles de France (UJFF), 1966 - AD14,1j/43/5

2018 marque le 50e anniversaire de « Mai 68 ». Le Calvados connaît alors une année entière d’agitation sociale avec la crise de l’université, les luttes ouvrières et la disparition du TMC (Théâtre – Maison de la Culture de Caen). Le 18 janvier les étudiants protestent lors de la visite du ministre de l’Éducation nationale à l’université. Le 23 janvier, les usines Saviem, Sonormel et Jaeger engagent une épreuve de force entrainant avec elles de nombreuses usines du département. Plusieurs mois avant les grèves et les manifestations du printemps, le Calvados inaugure la contestation.
Quelles sont les forces en présence ? Quels secteurs sont concernés ? Quelles sont les revendications ? Quels sont les points communs et les particularités de notre département au sein de l’histoire nationale et internationale ? Les Archives du Calvados reviennent sur cette année 68, en s’appuyant sur leurs fonds publics et privés, très riches, ainsi que sur des sources extérieures.
Une frise chronologique illustrée, une carte interactive de l’agitation sociale et six chapitres rassemblent une sélection de notes, rapports, tracts, plans, photographies, vidéos et témoignages. Ils retracent les événements de l’année 1968 dans le Calvados, qui, comme ailleurs en France, expriment les mutations profondes de l’époque.
Et si vous vouliez partager avec nous vos souvenirs de l’année 68, les Archives du Calvados sont à votre écoute

 

Chronologie des événements

Le contexte

Pour le Calvados comme ailleurs en France, l’explosion sociale de 1968 ne peut être déconnectée du contexte international et national. La plupart des acteurs, ouvriers, employés et étudiants sont les jeunes du baby-boom. Ils partagent la même culture, les mêmes aspirations démocratiques et le même désir de liberté dans une société qui peut paraître encore corsetée. 

Caen – quartier de la Guérinière [1960], AD14, 18fi/115
Caen – quartier de la Guérinière [1960], AD14, 18fi/115

Mais pour le Calvados, s’ajoutent des causes structurelles et conjoncturelles. Les conséquences des choix en matière de décentralisation industrielle et d’aménagement du territoire, la fin des chantiers de la Reconstruction, engendrent dès 1967 inquiétude et agitation sociale. Les usines de l’agglomération caennaise, dites « usines à OS » (Ouvriers Spécialisés), dédiées uniquement à la production, ont massivement embauché une main d’œuvre à faible qualification, particulièrement dans les usines de femmes. L’absence de perspectives de promotion, la faiblesse de l’offre de formation, la disparité des salaires entre Paris et la province et la hausse du chômage s’ajoutent au déficit en équipements et en logements nécessaires aux ouvriers. L’urbanisation de Caen et de son agglomération (construction de la Guérinière, de la Grâce-de-Dieu, du Calvaire-Saint-Pierre, du Chemin-vert et d’Hérouville-Saint-Clair) ne répondent pas aux besoins d’une population qui est passée de 77 000 habitants en 1939 à 145 000 en 1967. Quant aux étudiants, ils s’entassent à 10 000 dans une université reconstruite en 1957 et prévue pour 5 000. Ils aspirent aussi à plus de démocratisation et à des évolutions dans les enseignements. La réforme de l’Université engagée depuis 1963, ne leur convient pas.
La visite à l’université du ministre de l’Éducation le 18 janvier et le refus de la direction de la Saviem d’accéder aux revendications des ouvriers (augmentation des salaires, fonds de garantie des ressources, droit syndical dans l’entreprise) provoquent l’embrasement.

 

Cartographie de la mobilisation

Image d'en-tête : graffitis rue Saint-Laurent à Caen lors de la manifestation du 10 mai 1968, AD14, 3184w/1.

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