Mobiliser et convaincre

1968 marque une aspiration à la prise de parole, partout : dans les lycées et les universités, dans les services publics et le secteur nationalisé, dans les entreprises, petites et grandes, dans les familles, au sein des syndicats. 

Affiches, tracts, publications type journaux, existants ou créés pour l’occasion, sont les vecteurs privilégiés des acteurs de 1968. La CFDT prépare les élections professionnelles de janvier 1968 à la SMN avec une brochure de 10 pages (1). La CGT diffuse en février 1968 à l’usine Tréfimétaux de Dives-sur-mer, le bulletin n°204 de l’Union des métallurgistes CGT (2). Il faudra néanmoins attendre décembre 1968 pour obtenir au sein de l’entreprise le droit d’afficher et de diffuser des tracts par les syndicats. En attendant, c’est aux sorties des usines et dans la rue qu’on tracte (3).
Sur le campus de l’université de Caen, les journaux étudiants (4) et ceux des groupes révolutionnaires (5) sont diffusés quotidiennement. 
Les affiches de Mai 68, si familières de notre mémoire collective, ont été dans leur grande majorité, conçues et imprimées à Paris par l’école des Beaux-Arts, puis diffusées partout en France. On doit néanmoins aux étudiants caennais une affiche remarquée sur le général de Gaulle (6). 
Les murs des institutions (université, préfecture, bâtiments publics) se couvrent de graffitis, slogans, mots d’esprit ou injures (7).

Rendre compte

Parmi les médias, si la presse quotidienne régionale, puissante et lue, parvient à rendre-compte des événements, la télévision et la radio publiques, l’ORTF (l’Office de Radiodiffusion Télévision Française), sont sous contrôle de l’État. Les équipes de l’ORTF couvrent cependant dès le début mai les premières manifestations du Quartier Latin, avant de se mettre en grève du 13 mai au 23 juin. À partir du 4 juin l’armée occupe les émetteurs de l’ORTF pour empêcher leur prise de contrôle par les grévistes et manifestants. C’est le cas à Saint-Contest (8).

Cette explosion de la parole est sous surveillance. Les services de police dressent des constats, (affichages, graffitis, tractages), interviennent et répriment. Le 17 juin 1968 à Caen, des agents de police reçoivent l’ordre de lacérer des affiches fraîchement posées (9). Le 5 juillet une enquête est ouverte par la gendarmerie de Livarot pour délits d’affichage et défaut de nom et domicile de l’imprimeur (10).

Espaces de parole

Les structures culturelles sont également prises dans la tourmente et participent à la réflexion en cours. Sur le plan national, le festival de Cannes ne se déroule pas normalement alors qu’à Paris la tentative d’éviction par le gouvernement du directeur de la Cinémathèque Henri Langlois a marqué les esprits. Dans le Calvados, le conflit entre la mairie de Caen et le TMC (Théâtre - Maison de la Culture) semble recréer les mêmes lignes de fracture.

Louis Mexandeau et le TMC

 

Louis Mexandeau revient sur la création du TMC à Caen (Théâtre-Maison de la Culture) et de l'association des Amis du TMC qu’il a fondée.

Collecte Julie Deslondes, septembre 2017, AD14, 7av/10.

Image d'en-tête : récepteur radio, juin 1968, AD14, 1520w/138

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