L'écho dans la population

L’agitation sociale de 1968 ne concerne pas toute la population.
D’un côté la solidarité s’organise pour aider matériellement les grévistes privés de salaire : création de comités de solidarité par des communes (Colombelles, Mondeville, Dives-sur-Mer, Potigny, Fleury-sur-Orne, Hérouville-Saint-Clair), solidarité des étudiants avec les ouvriers (collectes au restaurant universitaire, sur le marché), solidarité des jeunes agriculteurs distribuant du lait et des marins-pêcheurs de Port-en-Bessin apportant du poisson. 

Solidarités : aider les familles de grévistes en 1968

 

Interview de Marie-Thérèse D., employée aux PTT à Lisieux. Elle raconte les collectes alimentaires sur le marché pour pallier les difficultés matérielles des familles de grévistes en mai 68.

Collecte Julie Deslondes, février 2018, AD14, 7av/22.

Une opinion partagée

D’un autre côté, combien d’étudiants, d’ouvriers, d’employés et d’habitants du Calvados sont en désaccord avec les actions et les objectifs des syndicats ou s'inquiètent des conséquences sur leur paie ou les examens à venir ? Quel est pourcentage de la population étudiante et travailleuse en accord et active avec les grévistes et les manifestants ? Sur quels soutiens le gouvernement pouvait compter ? Les archives ne permettent pas d’en faire une évaluation quantitative. En revanche, elles soulignent à quel point l’opinion est partagée et les attitudes variées. Des conflits éclatent au sein des familles. Des ouvriers et ouvrières non-grévistes sont confrontés aux violences des grévistes qui les empêchent d'aller travailler. Des étudiants et des enseignants sont spectateurs malgré eux, d’autres sont en désaccord avec leurs homologues contestataires. Les mêmes personnes peuvent être inquiètes des débordements ou excès du mouvement tout en souhaitant une évolution de la vie universitaire, ou une augmentation des salaires...

À Caen, le CDR (Comité de Défense de la République) organise un défilé le 30 mai 1968 avant l’allocution du général de Gaulle, qui rassemble des milliers de gens. Les élections législatives de juin 1968 consacrent la victoire de la majorité présidentielle avec  394 sièges sur 487. La gauche est largement défaite avec  91 sièges remportés.

Pour ou contre la grève - Interview de Chantal V., ouvrière à la Radiotechnique en 1968

 

Elle avait 19 ans. Fille d’une famille ouvrière de May-sur-Orne, la jeune femme a travaillé aussi aux Galeries de Paris. Elle rêvait de gagner sa vie et de quitter le Calvados. Embauchée à la Radiotechnique en avril 1968, elle évoque les conflits dans sa famille, entre un père et un frère grévistes (tous deux ouvriers dans des usines de l’agglomération caennaise) et elle qui ne faisait pas grève. Elle relate la difficile sortie d’usine des ouvrières de la Radiotechnique non-grévistes, dont elle faisait partie, juste avant la fermeture de l’usine en mai 68.

Collecte Julie Deslondes, mars 2018, AD14, 7av/25.

Image d'en-tête : affiche, AD14, 25fi/337

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