La fin du boom industriel

À partir de 1957, pour endiguer l’exode rural, le Calvados et tout particulièrement l’agglomération caennaise connaissent une phase d’industrialisation rapide. Elle se caractérise par l’implantation d’usines de production à la chaîne, sans besoin de qualification des ouvriers, tandis que les décisions relèvent des sièges en région parisienne. Pour les industriels, les avantages sont nombreux : terrains à bas prix, main d’œuvre jeune et nombreuse, d’origine rurale et apparemment docile supposée moins revendicative, composée pour partie de femmes. La Saviem, la Sonormel, Jaeger, Citroën, la Radiotechnique et Moulinex s’installent. Le rêve industriel commence… Pas pour tout le monde. Pour les jeunes (dont certains sont qualifiés) et pour les anciens (expérimentés) l’adaptation est difficile : travail à la chaîne, cadences très exigeantes, discipline, absence de prise en compte du niveau de qualification à l’embauche, rémunération et primes modestes, semaine de 42 à 48 heures, difficultés à se loger et à se déplacer du domicile au travail.

Les grandes usines du boom industriel

La mobilisation ouvrière

Dès 1967, la conjoncture économique difficile et l’attitude des directions, hostiles aux revendications des ouvriers et des syndicats, provoquent des tensions sociales, préludes à l’année 68. Dans le Calvados, la CFDT s’impose au détriment de la CGT, notamment dans les nouvelles usines déconcentrées, à l’exception de Citroën. Appuyées par une union syndicale CFDT – CGT – FO, les revendications salariales sont à l’origine des grèves de janvier 68. Dès le 30 janvier 1968, beaucoup d’usines du Calvados débrayent, dans le sillage de la manifestation caennaise du 26 janvier et en solidarité avec la Saviem, Jaeger et la Sonormel. On comptabilise pour l’agglomération caennaise la SMN, la Radiotechnique, Moulinex, les Engrais de Mondeville et les Ciments Français ; pour Condé-sur-Noireau, les usines Ferodo, Worthington et la Manufacture Française des Fils Élastiques ; ou encore Tréfimétaux à Dives-sur-mer. Tous les points chauds du Calvados en 1968 sont à retrouver sur la carte. 
Après la manifestation du 13 mai 1968, la mobilisation ouvrière évolue et rejoint celle des étudiants avec des revendications nouvelles, plus politisées.

Grève à l’usine Jaeger de Mondeville - 1968

Film muet. Source : Fonds Aussant / La Fabrique de patrimoines

Conditions difficiles de travail - Interview de Chantal V., ouvrière à la Radiotechnique en 1968

 

Elle avait 19 ans. Fille d’une famille ouvrière de May-sur-Orne, la jeune femme a travaillé aussi aux Galeries de Paris. Elle rêvait de gagner sa vie et de quitter le Calvados. Embauchée à la Radiotechnique en avril 1968, elle évoque les conditions difficiles de travail à la chaîne mais aussi la solidarité entre les ouvrières.
Collecte Julie Deslondes, mars 2018, AD14, 7av/25.

Image d'en-tête : Photographie aérienne de la Saviem, 1968, AD14, 826w/41051

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